En activité depuis 1979, la Compagnie du Mystère Bouffe présente sa dernière création, La « Mécanique du singe ». Fidèle à ses valeurs de troupe et soucieuse de défendre la pluridisciplinarité de l’art, elle nous livre un spectacle riche où les acteurs sont tour à tour musiciens, marionnettistes, chanteurs et accessoiristes.
Avec ce spectacle, la compagnie donne à la Commedia dell’Arte une dimension éminemment contemporaine, en même temps qu’intemporelle. Il semble difficile de ne pas se sentir concerné par le propos. La forme n’est pas en reste, s’appuyant sur tout l’artisanat ancestral du théâtre de tréteaux.
Un despote capricieux s’empare du pouvoir de son pays suite à la disparition de son prédécesseur. Entouré de ses serviteurs, il promulgue des lois liberticides au gré de ses lubies, développe un culte de sa personnalité et établit une tyrannie du travail et de l’ordre. Les opposants sont emprisonnés où enfermés dans l’usine de pâtes, fierté nationale, pour un service de travail obligatoire. Mais malgré une répression sanglante, la soif de liberté se fait de plus en plus pressante. Face à l’autoritarisme, l’espoir gonfle et guide le peuple. « Ça n’est pas une révolte, c’est une révolution ».
« L’utopie c’est la plus grande singerie de l’homme. »
Si le théâtre n’avait qu’une vocation, ce serait sans doute de faire vivre les utopies. Et c’est ce que fait la compagnie du Mystère Bouffe, avec ce qui désormais ne semble être plus qu’un mythe : celui de la troupe. « La Mécanique du singe » est une création collective et totale. Du scénario à la musique en passant par les masques, les costumes et les marionnettes, c’est près d’une quinzaine d’artistes qui ont assemblé leurs compétences pour servir la magie de l’éphémère. Et le mariage est un succès. L’harmonie entre tous les talents convoqués est subtile et efficace. Le rythme est soutenu et aéré par des compositions musicales originales. La sobriété de la scénographie évite certains écueils et laissent la place entière à ces huit comédiens dont le dynamisme contribue à la fraîcheur du spectacle. Qu’il est bon de voir une équipe si nombreuse à une époque où l’économie du spectacle contraint les compagnies à tant de restrictions. Et cette générosité n’est trahie à aucun moment. Il faut noter également le travail remarquable de Loïc Nébréda qui a réalisé les masques du spectacle. Moulés sur les visages des comédiens, ces demis masques confèrent au spectacle une singularité fascinante.
Il faut toutefois souligner que le spectacle est encore jeune et manque peut-être d’un peu de précision sur les détails. Mais n’est-ce pas là ce qui fait du théâtre un art vivant du présent ? L’énergie, le courage et la volonté offerts sur scène compensent largement ces petites scories. Et la poésie peut bien souffrir quelques fausses notes quand elle est servie avec autant de brio.
Mise en scène et scénographie : Soufian Khalil
Collaboration artistique : Nelly Quette et Gilbert Bourébia
Avec : Omar Boussik, Joseph Defeche, Natasha Guedes, Soufian Khalil, Lisa Labbe, Sofia Lopez Cruz, Camille Pertoldi, Thomas Raimbaud et Yubaï Zhang
Masques : Loïc Nébréda
Marionnettes : Natasha Guedes et Jessie Reynaud
Costumes : Jessie Reynaud assistée de Astrid Caillon, Alizée Dumail et Bahia Benhali
Musique : Camille Pertoldi




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